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29 février 2024 - Insomnies

J'ai recompté plusieurs fois. Pour être sûr.


Il y en a bien mille. Ça fait une sacrée cargaison de prétextes, d'excuses, et d'arguments pour consoler un moral abimé. Mille raisons de me détourner de mon objectif, de m'amener vers l'échec. Avec ces quelques lignes, je démarre officiellement une période de six mois de vie consacrée à une obsession. Une obsession de quatre lettres qui font rêver les aventuriers de l’ultra endurance en montagne. Une Toute Mignone Balade à en croire l’acronyme.

Alors j'ai forcément une pensée pour mes proches, j'étais déjà pénible avant, et je m'apprête à devenir carrément insupportable. Surtout que 180 jours, ça va faire long pour eux.


Et il peut se passer tant de trucs. Les accidents de la vie, la maladie, les blessures et toutes les choses réellement importantes écraseront sans vergogne mon objectif. Si par miracle j'en réchappe, dans six mois j'exposerais mon corps nu à la blessure de Narcisse, un juge de paix de mes capacités physiques et mentales. Pour l'heure, le miroir me renvoie une image implacable, je n'ai pas le niveau et j'en suis très loin.


A mille contre un, les probabilités se moquent de moi. Je serais fou d'envisager le déraisonnable. Sauf que j'appartiens à une curieuse variété de bipède, celle qu'on appelle l'espèce humaine.

Au contraire des autres animaux, nous autres Homo Sapiens, avons dramatiquement conscience de notre propre fin. Au bout il n'y a que le froid et la mort. Et pourtant dans notre vie, on avance jour après jour malgré les échecs et les coups du sort. Depuis l’aube des temps, notre carburant c'est l'espoir. S'il n’y a qu’une seule chance pour que ça marche, je dois la saisir et tenter le coup.


L'exercice d'écriture est fascinant quand il tisse les lignes du récit dans les filets du temps. J'écris dans cet instant présent du petit matin hargneux, mu par la colère de ne pas dormir. Je pense à toi, gentil lecteur, qui lira ces lignes dans un futur indéfini. Peut-être es-tu tombé sur ce récit six mois plus tard, un an, où plus. Ça me donne le vertige. Tout n'est que du passé pour toi. Et probablement tu connais la conclusion de mon aventure.

Mais qu'importe ! Tout comme cette histoire au ciné ou les spectateurs savaient bien que le bateau allait couler après son câlin avec un gros glaçon, emportant la majeure partie de ses pauvres passagers dans l'abime. Ça n'a pas empêché ledit film de faire exploser tous les records de fréquentation.


Je n'ai pas l'orgueil de penser écrire un chef d'œuvre. Juste une histoire simple, teintée d'égocentrisme mais racontée avec quelque chose de précieux. Car toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé ne sera pas du tout fortuite et encore moins le fruit d'une pure coïncidence. Si jamais tu continues de me suivre, patient lecteur, je vais t’offrir un cadeau. Je t'offre un petit bout de mon âme, étalée sur le papier. Je vise l'authentique pour te raconter avec mes mots mon aventure, ma vérité.


Alors oui, peut-être que parfois je me laisse aller à faire des phrases, à jouer avec la langue ou enfiler des figures de style. Ces efforts ne servent qu'à essayer de te rendre le voyage un peu plus facile, plus confortable. J'assume la maladresse, elle aussi révèle une partie de moi.


Bienvenue donc dans l'intime. Rentre dans ma tête, gentil voyageur pour découvrir un homme ordinaire et banal, parfois médiocre. Un individu anonyme qui ne s'interdit pas de caresser ses rêves d'aventures et de viser l'extraordinaire. 

Évidemment, nous ne sommes qu'au tout début du chemin. D'ici on ne voit que la plaine, quelques collines paisibles et forêts. Cependant, je sais qu'au bout de la route, il est là, il m'attend. Il se moque de mon audace et peut-être qu'il s'apprête à me dévorer.

J’avais défié le toit de l’Europe il y a bien longtemps. Et il m'avait rejeté avec ses rafales de blizzard. Le froid et les risques m'avaient fait rebrousser chemin 4 500mètre au-dessus du niveau de la plage. Si près du but. 

Les années m'ont rendu plus humble et j'ai abandonné l'idée de vaincre un sommet. Je suis revenu en pèlerinage autour de la belle montagne. Cela m’avait occupé durant neuf jours. Et j’y avais découvert une bande de zinzins qui faisaient la même promenade en moins de deux jours, le temps d’un week-end pour les plus lents.

Dix ans plus tard, j'ai gagné mon ticket pour m'embarquer dans cette folle aventure avec quantité de surhommes, de rêveurs et de poètes. Je me sens tout petit parmi ces élites. Et si les milles raisons n'ont pas fait chavirer mon audace je franchirais la ligne d'arrivée au bout de deux jours d'une odyssée incroyable. L'épreuve d'une vie. En tout cas, la plus difficile de mon existence à ce jour.


Assez rêvé, il faut mettre à profit les mois qui viennent pour me préparer. Bienvenue dans ma caverne, le royaume de la fonte et des compléments alimentaires. Je m'excuse d'avance du bazar, je pousse un peu. Installe toi confortablement lecteur. Au milieu des baskets sales, sous les cartes et les plans d'entrainement tu trouveras un canapé moelleux et une chaise de bureau. Sportif à mes heures je reste surtout un sédentaire farouche. Voilà enfin mon atelier d'alchimiste. Grâce à ma sueur et ma volonté j’y distille les rêves et les cauchemars du quotidien de l’entrainement.


Tout cela est vain, ridicule peut-être. Je suis de cette catégorie de nanti qui n'a pas besoin de se battre pour survivre. Justement, ma vie de confort me renvoie jour après jour un immense vide. J’ai trouvé ce moyen de le combler, de trouver du sens. Qu’importe s’il s’agit d’un simple loisir, il saura me montrer mes limites et me découvrir.


Ah oui, une dernière petite chose avant de partir affronter la vraie vie. Ce n’est pas très poli de causer comme ça, sans se présenter. Au départ, je voulais prendre un pseudonyme, mais Trouduc38 était déjà pris. Alors j’enlève le masque. Je m’appelle Thibaud et je m’apprête à fêter mes 47 ans, marié, papa d’une petite fille hyperactive. Je me suis découvert sur le tard une passion pour les sports de montagne. Et voilà que j’en parle sur les réseaux. 


Pour mon nom de famille, ceux qui savent n’en ont pas besoin. Les curieux peuvent assez facilement le trouver. Les haters et autres trolls, bas de plafond, tant pis pour vous.

Et vous, tous les robots de Google, les Intelligences Artificielles et autres démons sans âme, vous savez ou vous pouvez vous le mettre votre algorithme ? D’ailleurs je suis sûr que vous n’avez pas compris quel était mon objectif.

Pour ma part, je préfère le réel et le grand air à tous vos écrans et vos circuits intégrés.


Alors franchement, qu’est-ce que je fous là ?

Les barres rouges de ma prison défilent sur le cadran du réveil. Il va être temps de poser la plume et de partir travailler. Et je n’ai pas essayé de répondre à cette question qui va m’occuper pendant six mois.

Voilà tout l’objet de ces textes, d’abord un outil pour trouver les motivations profondes de cette folie. Quand je serais dans le dur, que chaque cellule de mon corps me suppliera d’abandonner, j’espère trouver dans mes récits la force de faire un pas de plus, puis encore un autre, jusqu’à la ligne d’arrivée.

J’écris aussi pour me rappeler, plus tard. Pour réchauffer les soirs de ma vieillesse à la flamme du souvenir des aventures passées.

Enfin j’écris pour partager. Partager avec mes proches ce que tout ça représente.

Qui sait, j’ai aussi peut-être l’orgueil de vouloir partager avec toi, oh lecteur inconnu.


En tout cas, gentil lecteur, je te souhaite la bienvenue de tout mon cœur. J’espère te revoir bientôt.




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