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08 mars 2024. Cyclisme

La valeur n’attend pas le nombre des années. On emploie souvent l’adage pour parler des jeunes prodiges. Et moi j’imprime ma marque en contraste. Je prouve que l’on peut pratiquer pendant longtemps, justement des années, et ne jamais progresser.


La petite reine se moque de mes pitoyables efforts. Je crois bien que je ne serais jamais admis à sa cour. Et finalement, je peux vivre sans. Quelle drôle d’assemblée.

J’habite dans une région où ils sont nombreux, la noblesse d’arme des chevaliers des temps moderne. Les casse-cous ont remplacé le canasson par un Vélo Tout Terrain pour descendre à toute vitesse les sentiers des forêts ou l’on ose à peine s’aventurer à pied. D’ailleurs il est plus prudent d’éviter tant que les deux roues sont là. Ils risqueraient nous entrainer dans leur chute. Parce que oui, ils chutent souvent ces vététistes. Et il parait qu’ils défient toutes les statistiques de l’accidentologie sportive des hôpitaux, tant par la quantité de blessés que par la variété des blessures. Ne parlons pas de gravité, ça serait déprimant. Il y a tout simplement beaucoup trop de branches, de rochers et de racines pour s’en tirer sans dommage.

De l’autre côté, la noblesse de cour un peu snob susurre à l’oreille de la petite reine. Ils s’apprêtent et se pomponnent avec leurs collants flashy, à se raser les jambes, avec leurs lunettes de mouches. Oh ils se croient les seigneurs de la route. Sauf que justement il y a d’autres usagers sur le bitume. Le genre à rouler beaucoup plus vite et à peser beaucoup plus lourd. De quoi pulvériser ces cadres de carbone hors de prix. Je confesse aussi avoir bien souvent rêvé d’homicide, au volant de ma voiture, coincé un derrière l’un de ces escargots, à ne pas pouvoir doubler

Je n’oublie pas non plus les petits nouveaux. Ces petits bourgeois arrivistes qui roulent partout dans nos villes. Ils ont mis tout plein d’électricité à leur monture pour éviter d’avoir à se fatiguer. Et les voilà qui narguent les autres en étalant leur richesse et leur bonne conscience écolo. 

Méchant, moi ? En vérité, je suis surtout un peu jaloux. Car le monde du vélo ne m’a jamais accepté dans ses rangs. Et je me venge comme je peux.

Et pourtant, je ne saurais dire à quand remontent mes premiers souvenirs de cycliste. Je me souviens vaguement des roulettes. Impossible de me rappeler le jour où je les ai retirées. Visiblement, je n’en ai gardé aucun traumatisme. C’est qu’après une ou deux chutes pour apprendre la vie, ça a du bien se passer.

Par-contre je me souviens bien du bicross à l’école primaire. Après l’école nous allions dans les bois avec les copains. Il y avait là des bosses et des trous. "Les descentes de la mort" représentaient un véritable défi à notre courage et notre adresse. J’avoue que vu d’adulte ça me semble bien moins impressionnant. Je n’ai jamais enchainé sur les installations et les rampes urbaines, le monde du BMX me faisait bien trop peur. Première désillusion.

Surtout qu’à l’époque, le grand public découvrait justement le vélo tout terrains. Une monture pour continuer à s’amuser dans la forêt, mais aussi pour aller au collège. Un sentiment de liberté pour le piéton. Pour aller beaucoup plus loin, le monde devenait plus grand. Le VTT m’a accompagné bien des années. Jusqu’au lycée puis dans ma vie d’adulte. 

Les années avaient transformé la machine de jeu et d’aventure en banal moyen de locomotion, plus pratique pour les trajets du quotidien. Ce n’est que plus tard que le terme de vélotaf s’est imposé au grand public. Mais je crois que j’en ai fait toute ma vie. Et encore aujourd’hui, le quadra que je suis devenu continue à prendre le vélo. Pour aller travailler, pour aller chercher du pain. Et tellement plus rarement pour aller jouer dans la forêt. 

Durant toutes ces années, j’en ai donc roulé pas mal des kilomètres. J’ai passé mon quota d’heure les fesses sur une selle inconfortable. Et tout ça pour quoi ?
Alors oui, j’arrive à pédaler sans les petites roulettes, et monter ou descendre un trottoir ne me fait pas trop peur. 
En revanche, s’il s’agit de pédaler vite, de pédaler longtemps, de gravir une côte. Il n’y a plus personne. En bref en matière de cyclisme je suis mauvais. J’ai toujours été mauvais. Je hais ces autres qui me doublent avec facilité tous les matins à l’heure d’aller au boulot. Je croyais en avoir fait mon deuil, à ne pas avoir de prétention. Juste garder le moyen de transport économique et relativement écolo.


Je me rappelle encore ma dernière sortie. En haut du col, il faisait gris et froid. Aucune perspective que la météo ne s’améliore. J’avais tracé un bel itinéraire pour arriver là. Mais au bout du chemin la récompense m’échappe. Où est la jolie vue promise ? Je serais mieux dans le canapé à mater les dernières nouveautés sur Netflix. Je me suis levé tôt et je suis tellement lent que je ne serais même pas de retour pour le brunch dominical. D’après le juge de paix sur mont poignet, j’ai à peine fait du sport. Les quelques calories grillées ne rattraperont pas les excès de la veille.

Alors qu’est-ce que je fous là ?

Mon truc, c’est de courir. Et je dois m’entrainer dur pour mon gros objectif Chamoniard. J’aurais tant préféré faire une rando course en montagne. Pouvoir monter plus haut, dépasser la mer de nuages. Se retrouver dans la nature plutôt que sur le bitume.
Malheureusement, je n’ai plus le droit de courir. Je dois être sage et bien respecter les consignes si je veux que mon pied guérisse. Alors sur les conseils du médecin du sport, du kiné et des experts auto-proclamés sur Internet, j’ai décidé de me remettre au vélo. Sérieusement. Pour au moins entretenir un fond de condition physique.

Pour entretenir le cardio, je me suis inscrit dans une salle de sport. Un coach anime des séances en groupe. L’idée c’est de pédaler à une certaine cadence, avec une certaine résistance. Le tout en musique dans la bonne humeur et avec l’humour parfois douteux du coach. C’est pas trop mal comme formule. En quarante-cinq minutes on évacue un bon jerrycan de transpiration. On ressort fatigué, mais heureux d’avoir fait un peu de sport. Sur les toutes premières sessions, le cardio montait un peu. Depuis le cœur s’est habitué et m’empêche de taper les hautes intensités et de fréquenter la zone rouge. Attention à ne pas confondre avec le quartier rouge, à Amsterdam qui fait également monter le palpitant, pour d’autres raisons. On appelle ce genre de séance le RPM et ça ne vaut pas une séance de VMA bien appuyée mais c’est déjà mieux que rien.

Pour le foncier, j’avais en tête d’effectuer des "sorties longues". Sauf que sur les côtes je n’arrivais à rien avec mon fidèle vélotaf. Sur le plat, pas mieux. Pas moyen d’aller vite plus longtemps que quelques minutes. Le coupable était sous mes yeux, sous mes fesses surtout. Le vélo était mauvais. Déjà je n’aime le mono-plateau, pas moyen de soulager les jambes lorsque la pente se fait raide. Et lorsque que l’on veut envoyer on se retrouve vite à tricoter avec les jambes pour ne produire aucune vitesse. Et de toute façon, quoi attendre d’un vélo premier prix ?
Alors j’ai sorti la carte bleue pour un vrai vélo de route, le genre que l’on sort avec les jambes rasées et les collants multicolores. Première sortie l’an passé. Bim ! Le vélo n’y était pour rien, le problème se situe plutôt entre le pédalier et le guidon.
Vexé, j’ai sitôt remisé la bête pour ne plus le sortir de l’année. C’est terrible les blessures à l’égo. C’est à cette époque je crois que j’ai enfin compris que j’étais mauvais. Je croyais que la caisse que j’avais fini par développer en trail devait forcément s’exprimer sur les pédales. 
Et bien non !

Un an plus tard, la blessure m’emmène au fond du garage, pour dépoussiérer la petite bicyclette. Être mauvais n’est pas une fatalité. 100 fois sur le métier remettre l’ouvrage. Peut-être qu’en cours de route j’y gagnerais de nouvelles compétences. Et quand bien même, il faut bien faire quelque chose pour dérouiller la machine. Je parle de moi, pas de mon vélo qui n'avait rien demandé lui.


Alors tant pis pour le temps maussade et le brunch. 2024 me verra sur un vélo. Qu’importe si je me traine, et que le ridicule me blesse, je sais qu’il ne tue pas.

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