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14 mars 2024. Spécialistes de la santé

L’univers ne joue pas aux dés parait-il. En revanche, j’ai découvert qu’il était facétieux, il aime faire des blagues en jouant avec les coïncidences. J’assume et je l’affirme haut et fort, l’univers est un complotiste. Le pire c’est qu’il gagne toujours à la fin. Que ne suis-je suffisamment croyant pour me raccrocher à quelque chose comme l’espoir.

Rembobinons le film de cet objectif sportif majeur de l’année 2024 et de ma vie probablement. Courir l’UTMB est un vieux rêve qu’autrefois je pensais impossible. Après quelques années de trail, j’en suis venu à me dire pourquoi pas moi.

Pourquoi ? Il y a l’obstacle majeur de la forme physique et de l’entrainement dont se repait un tel ogre. Il y a aussi l’argent. Courir dans la montagne n’est gratuit que pour les poètes. En cette année 2024, le prix du dossard frise les cinq cent euros. Et désormais dans les rues de Chamonix on ne croise plus que des cadres, les fameux CSP+ capables de payer cher pour souffrir en montagne. Vive l’égalité par le sport.

Enfin, courir cette officieuse coupe du monde de la course en montagne requiert de la patience et une sacrée dose de chance. Certains patientent plus de dix ans avant de décrocher le fameux sésame.

J’ai trainé mes baskets ici et là, dans des endroits où jamais je n’aurais pensé courir pour obtenir le droit de m’inscrire au tirage au sort. C’est la deuxième année que je passe l’épreuve des préinscriptions. Et cette année je n’y croyais pas trop, les statistiques ne m’étaient pas favorables. Mais bon, j’ai essayé quand même.  Je me souviens du jour où je me suis rendu sur le site pour tenter ma chance. Une soirée à la mi-décembre. Je ressentais cette douleur au pied droit. Je n’avais pas très mal, mais quand même ça trainait depuis plus d’un mois. J’ai profité de trainer sur Internet pour prendre rendez-vous chez un médecin du sport. Coïncidence ? A bien y réfléchir, il me semble avoir entendu l’univers rigoler. 

Un mois plus tard. Le médecin pose un diagnostic. A confirmer par des examens supplémentaires. J’ai probablement une ténosynovite au fléchisseur de l’hallux. Avec des vrais mots, ça veut dire que le tendon qui tire mon gros doigt de pied a bobo. Et justement, alors que mon année de course se trouve compromise. Je reçois le résultat du tirage au sort de l’UTMB. Youpee, j’ai gagné ! Au moins le droit de m’inscrire à l’épreuve mythique. Là j’en suis sûr, l’univers éclate de rire. Il m’a fait une sacrée blague. 

Alors que faire ? Payer la dîme et foncer dans l’inconnu ou bien passer à côté de cette chance unique et préserver ma santé ?

Nous ne sommes après tout qu’en janvier. Et le médecin du sport m’a prédit une guérison en deux mois. Il me restera presque six mois pour m’entrainer. Si je maintiens un semblant de condition physique avec le vélo, la musculation, ça pourrait se tenter. Alors j’ai signé. J’ai payé. J’ai franchi le Rubicon.

Alors qu’est-ce que je fous là ?

J’ai pris mon vélo au lieu de partir déjeuner pour rencontrer un podologue. Jamais côtoyé cette espèce de professionnels. Ces dernières semaines j’ai égrené les visites chez tout un panel de praticiens de la santé. Plein de premières fois. J’avais donc commencé avec le médecin du sport. J’ai enchainé en découvrant le monde des kinésithérapeutes, et leurs massages qui n’ont rien à voir avec les papouilles cocooning que j’imaginais. J’ai galéré à obtenir un rendez-vous chez un échographe qui ne recherche pas des p’tites crevettes dans des bedaines maternelles mais plutôt un scan de mon gros doigt de pied.

 Et donc aujourd’hui le podologue. Pourtant, j’avais essayé d’éviter d’en arriver là au maximum. Qui dit podologue dit forcément semelles, à mettre tous les jours, dans toutes mes chaussures. Déjà le médecin du sport m’en avait parlé, l’échographe était persuadé que j’étais déjà équipé d’orthèses pour mes pieds plats. Puis enfin le kiné qui m’en parlais semaine après semaine. Devant tant d’insistance je me suis finalement rendu et j’ai pris rendez-vous.

Je la prends au sérieux cette blessure. Comme un caillou dans ma chaussure. Ou plutôt un menhir qui me bouche la vue vers le Mont Blanc. A dire vrai, la douleur n’est pas intolérable. J’ai couru pendant deux mois dessus. Après tout, la souffrance est une compagne fidèle du coureur d’ultra endurance. On dresse le mental à serrer les dents et à continuer pas après pas.

Mais une douleur qui perdure trois mois, ça n’est pas habituel. Et ça m’inquiète. Je redoute deux choses.

J’ai peur que la souffrance monte crescendo durant la course, devienne intolérable et me pousse à l’abandon après vingt, cinquante ou cent kilomètres. A ce moment, assis sur le bord du chemin je regretterais tellement de ne pas avoir consulté. Et on vit mal avec des regrets. 

Je crains aussi de m’engager dans une rue à sens unique. Au bout de quelques décennies j’ai fini par comprendre que la santé est un capital précieux, et que parfois certaines choses se cassent et ne se réparent pas. Courir un ultra trail est un rêve qui coûte cher, mais je ne le poursuivrais pas quel qu’en soit le prix.

Alors me voilà seul face à la terrible incertitude. La blessure ne guérit pas. Parfois ça va mieux, et l’espoir m’envahit. Et puis la rechute me tombe dessus. Je me fracasse le moral à ne pas trouver d’issue, ni de perspective. Est-ce que je vais aller mieux dans une semaine ? Dans un mois ? Dans un an ? Ou bien jamais ? Peut-être que le tendon abimé ne guérira jamais et que la blessure deviendra chronique. 

Pendant ce temps les semaines s’écoulent, indifférentes. Elles égrainent les tics et les tacs du compte à rebours. Je prends du retard sur mon plan d’entrainement. J’ai l’impression que le choix devient binaire, échouer par manque de préparation ou bien échouer à cause de la douleur ? Jusqu’ici j’essayais de ménager la chèvre et le chou. Continuer de m’entrainer mais pas trop fort. Cette stratégie de l’eau tiède risque de me mener dans le mur. 

Alors en attendant, je paye des gens pour m’acheter de l’espoir.

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